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Des chevaux et des sourires

Mis à jour : 12 juil 2019

Tous les jeudis soirs, Marine a poney... ou plutôt équitation. Nous avons décidé de la suivre et d'explorer, le temps d'une séance, son jardin hippique.



La canicule bat son plein, en ce jeudi soir. Dans un RER A sans climatisation, la chaleur accable les nombreux voyageurs pendulaires, le front perlant de sueur, à l'affût de la moindre bouffée d'air. J'ai sans déplaisir laissé derrière moi ce tableau étouffant et m'avance en ville de Nogent-sur-Marne, à la recherche du Cercle Hippique du Bois de Vincennes, suivant les précieux conseils de Marine. Ce soir, ma collègue de bureau sera mon guide.


"Il était une fois une petite fille qui rêvait de faire du poney. Pour ses dix ans, sa maman lui offrit 10 leçons ; la petite fille était ravie. Les aléas de la vie faisant, ces leçons n'arrivèrent qu'aux 13 ou 14 ans de la jeune ado qui après, choisit de continuer tous les ans, sur ses deniers personnels."

Devant moi s'offre un paysage tout ce qu'il y a de plus urbain. Le rythme est pavillonnaire et les personnes nonchalantes en cette belle mais chaude soirée d'été. Difficile d'imaginer des chevaux parcourir ces trottoirs bitumés, encore moins une écurie. C'est pourtant bien là que je dois retrouver Marine, pour sa session hebdomadaire d'équitation.


Une brise légère soulage les visages. Elle semble vouloir chasser les tourments de la canicule, sans se presser. Je cherche aussi, sans me presser. Soudain, je hume. Plus de doute, c'est bien le parfum caractéristique d'une écurie qui parvient à mes narines. Je ne suis plus très loin. Un grande porte métallique verte à pousser, et me voilà soudain dans une allée sombre et boisée. Dans l'axe de mon regard, la vision que j'attendais : des chevaux. Je suis bien arrivé.


Petit diaporama : Au paradis des animaux


Quelques minutes plus tard, Marine entre à son tour. J'ai honnêtement du mal à la reconnaître, silhouette cachée à l'ombre des arbres. Est-ce la coiffure, les vêtements ou simplement l'attitude ? Cette personne respire la confiance, heureuse de retrouver son domaine.


"En ce qui me concerne, c'est un loisir et une thérapie. Ça me fait beaucoup de bien au niveau du mental, l'affirmation de soi... C'est la bouffée d'oxygène de la semaine. Tu te concentres sur ce que tu fais, tu profites de l'instant, de la relation à l'animal."

Le Cercle Hippique fête ses 70 ans cette année ! Le lieu est disposé en U, avec une de ses deux branches un peu tronquée. Côté extérieur du U, des box aux portes vertes sont répartis sur tout le pourtour, accueillant une quarantaine de chevaux. Côté intérieur se trouve le manège dans lequel les cavaliers et leurs montures peuvent s'exercer.


Une balade au pas est au programme de la soirée. Pas de saut d'obstacles, en cette chaleur qui touche aussi les chevaux. Certains sont d'ailleurs en train de sécher après une petite douche rafraîchissante. Marine discute avec son professeur, sur le choix de son équidé du jour... Car ce n'est jamais le même. Ça tourne, pour que chaque animal puisse s'exercer au moins une heure par jour, mais aussi pour faire progresser le cavalier.


Petit diaporama : Marine et Sommet


Aujourd'hui, ce sera Sommet, un grand cheval d'environ 13 ans. Peu importe son nom, puisque Marine l'appellera affectueusement "mon gros", ainsi que tous les autres d'ailleurs. "Je n'ai pas eu trop l'occasion de le monter. Il est un peu caractériel. Super à l'extérieur, mais pas dans le manège", explique Marine. Elle désigne d'autres chevaux : "Lui, c'est une vraie teigne par exemple". D'aucuns diraient même un ratel... "Alors que cet autre, là, Voltaire, il fait de gros câlins quand tu le brosses." Un quatrième, appelé Séducteur, "est un peu neuneu sur les bords. Il aime faire la fête. Il faut tomber sur les bons jours".


"Par rapport à un chien ou un chat, ils sont plus fluctuants dans leur humeur, notamment influencée par les conditions climatiques. L'orage et le vent les rendent nerveux. Certains sont de vrais nounours quand d'autres sont des divas."


Le cheval est plein de caractère... et sensible. À chaque séance, le rituel de préparation dure environ une demi-heure. C'est un moment d'échange privilégié, pendant lequel le cavalier montre à l'animal qu'il prend soin de lui, et lui permet d'établir une relation de confiance entre eux deux.


"Le travail commence dès le box. Tu vois si le cheval est content ou pas de te voir. Je commence toujours par lui dire bonjour, puis je prends le matériel, et ensuite, je le brosse, pour éliminer la poussière, la sueur et les poils morts. C'est comme un massage. C'est un moment qui peut lui faire du bien. Je vérifie aussi qu'il n'y a pas de blessures et je vérifie le matériel".

Après avoir installé selle, mors, rênes et même guêtres de protection aux chevilles du canasson, il est temps de partir pour la petite promenade. Six amazones... et moi sur mon propre destrier, un VTT un peu trop petit, emprunté aux écuries. Six femmes... et moi, seul homme du groupe, condamné à les regarder de bas en haut, alors qu'elles me dominent sur leurs montures. C'est bien sûr un pur hasard. Il n'empêche, peu d'hommes s'inscrivent à cette activité. "2 sur une reprise [NDLR : nom donné aux cours d'équitation] de 10 personnes... et c'est déjà beaucoup", constate une des participantes.


"Une critique récurrente consiste à dire : l'équitation, ce n'est pas un sport, c'est le cheval qui travaille, c'est facile... Sauf que toute personne qui n'a pas l'habitude, elle pleure au bout d'une heure. Avec le dos, les abdominaux et surtout les abducteurs qui travaillent... elle finit par marcher comme un cow-boy."

Petit diaporama : Quand on arrive en ville


Voir des cavaliers en ville reste un spectacle inhabituel, qui attire encore le regard et les sourires. Il est assez frappant de constater à quel point cette simple vision suffit à apporter un bonheur simple à ceux qui en sont témoins. À l'exemple de ce petit enfant qui, avec ses parents, salue de la main le passage de la troupe, ou encore de ce promeneur solitaire, en pleine conversation vidéo avec une amie, qui soudain lève son téléphone et dit "Tiens, regarde !". Oui, le spectacle suscite une joie spontanée qu'on a envie de partager.


Petit diaporama : Dans le parc


Les cavaliers ne doivent pas pour autant se laisser griser. Car les chevaux ont un trait de caractère commun : ils semblent tous assez peureux. Pendant la promenade, il n'est pas rare de voir l'un d'entre eux faire tout d'un coup un écart. Et ce, alors même qu'ils se laissent doubler par des voitures et des bus sans frémir. Il incombe à la cavalière de rester constamment vigilante, pour ne pas se laisser surprendre. "Même si parfois, les chevaux n'ont pas vraiment peur, ils en jouent" sourit Marine.


La menace est partout, que ce soit ce cycliste imprudent, ce chien un peu trop curieux ou même cette innocente Fête de la musique ! "Un groupe se produisait à l'improviste, alors que nous nous promenions dans le parc. La musique était forte, et les chevaux refusaient d'avancer. Nous avons dû demander s'il était possible de baisser la musique le temps de faire passer les montures", se souvient Marine.


Petit diaporama : Après l'effort, le réconfort...


Après une heure de promenade, il est déjà temps de rentrer, à la lumière du crépuscule. Là encore, un cérémonial d'une demi-heure prend place : brossage, massage, vérification des sabots, caresses avec quelques récompenses gourmandes en plus. L'heure, sereine, est propice aux câlins... et à la réflexion.


"Est-ce que c'est bien de monter à cheval si tu aimes les animaux ? De quel droit on leur impose ça ? Je me pose beaucoup la question. Oui, ça pourrait m'empêcher de monter un jour."

En attendant, tous les jeudis soirs, ce sont ses rêves d'enfant qui murmurent à l'oreille de Marine.



En complément de cet article, retrouvez l'interview dadaïste de Marine.

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