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L’évolution des codes d’apparat masculins à 300 ans d'écart



« Être un homme, ça veut dire s’habiller de telle façon, se comporter de telle façon, et c’est tout. Pourquoi ? Mais parce que ça a toujours été ainsi ! »


Beaucoup de personnes prennent pour acquis un grand nombre de codes sociaux genrés actuels, qu’ils soient stylistiques, sociaux, caractériels, etc. Cela se fait le plus souvent inconsciemment, sans aucune volonté de discriminer un genre ou l’autre, simplement à cause de la culture dans laquelle nous baignons tou·te·s. Cela aboutit pourtant à un grand nombre d’injustices au quotidien, dans la course à la conformité et par peur de l’exclusion sociale.


Ces codes sont-ils immuables, déterminants dans notre inclusion sociale ?


Nous allons ici comparer les attributs vestimentaires et esthétiques de deux hommes de pouvoir, censés représenter la figure de l’homme accompli et viril par excellence, à deux époques distinctes. Cette idée d’analyse provient du livre Sapiens de Yuval Norah Harari, que je vous recommande chaudement.


La représentation de l'homme de pouvoir


Il s’agit des portraits officiels d’Emmanuel Macron, président de la République française, et Louis XIV, roi de France. Ces deux hommes sont à la tête du même pays, représentatif des codes occidentaux de leurs époques respectives, et leur portrait officiel a principalement pour rôle de renvoyer l’image d’un homme de pouvoir, un homme fort, en qui l’on peut avoir confiance pour gouverner le pays. Il est donc intéressant de comparer la représentation officielle de ces deux figures puissantes à quelque 300 ans d’écart, en tant qu’incarnation de la masculinité du pouvoir.


Le portrait de Louis XIV est très coloré, avec d’amples draperies brodées blanches et bleues, ornées de la fleur de lys royale. Le roi porte une perruque dense et retombant sur ses épaules, des collants, des chaussures à talon, et est très certainement poudré et maquillé.


Celui d’Emmanuel Macron renvoie une image lisse et presque terne en comparaison : costume noir sans autres ornements qu’une cravate et une très discrète broche au col. Il porte une bague à chaque main et les cheveux courts.


Perruques, maquillage et collants...


Ces deux hommes ont parfaitement adopté les canons esthétiques d’un homme de pouvoir à leur époque. Pourtant, Emmanuel Macron passerait pour un homme de petite stature au XVIIe siècle ; il ne porte pas de couleurs vives, ni de perruque ou de maquillage ou aucun signe extérieur de richesse.


Louis XIV, lui, a des codes vestimentaires tout à fait acceptables au XXIe siècle… pour peu que l’on soit une femme ! Collants, maquillage, cheveux longs, talons, drapé ample…


Bien sûr, il existe de nombreux autres exemples, où il suffit de changer de culture et d’époque pour avoir des références d’attributs masculins très différentes.


Paradoxe et anticonformisme


On voit qu’en à peine 300 ans, les codes d’apparats liés à la virilité et au pouvoir ont drastiquement évolué. Ces deux hommes sont pourtant au parangon de la masculinité à leur époque. C’est bien la preuve qu’il n’y a pas de prédispositions biologiques ou naturelles à adopter telle ou telle apparence ; seules les influences culturelles comptent. Certaines communautés acceptent volontiers les cheveux longs, particulièrement dans les milieux anticonformistes (métalleux, hippies…) d’autres pas du tout (peu d’hommes de pouvoir les portent, que ce soit dans les sphères de domination sociale, politique ou économique). Il en va de même pour les vêtements, bijoux, tatouages…


Pour se fondre dans la masse, il suffit d’adopter les codes sociaux et vestimentaires du milieu dans lequel on évolue. Ceux-ci sont principalement dictés par la place sociale de l’individu. Ne pas respecter ces codes peut exposer l’individu à une déconsidération de sa masculinité, à un rejet social, à une comparaison à la figure honnie de l’homosexuel (il suffit d’analyser les insultes les plus courantes pour s’en convaincre), et cela peut lui porter grand préjudice.


Malgré cela, et c’est tout le paradoxe, les contradictions et exceptions sont nombreuses. Quelques exemples :

Un homme ne doit pas porter de robe… sauf s’il est un homme de foi (ou un Écossais !)

Un homme ne doit pas être maquillé… sauf légèrement et pour passer à la télé. (Mais qui oserait dire à Khâl Drogo que le maquillage, ce n’est pas très viril ?)

Un homme ne doit pas porter de collants… sauf si c’est un artiste ou un sportif.

Un homme ne doit pas porter de talons… car il doit être grand par défaut ! Très peu d’individus hétérosexuels acceptent que la femme soit plus grande que l’homme dans un couple, quel que soit leur sexe. C’est là encore une pure construction sociale.


Les contraintes esthétiques et stylistiques des hommes sont innombrables, pleines de contradictions, et évoluent très rapidement. Il ne sert donc à rien de les suivre ; il vaut mieux trouver sa propre voie en dehors des sentiers établis, avoir sa personnalité et son style propre, et savoir à l’occasion analyser et manipuler ces codes à son avantage pour faciliter ses rapports sociaux.


Il est également intéressant de noter que les femmes subissent beaucoup plus de contraintes à ce niveau-là, qui conduisent à de la souffrance physique (talons, corset, soutien-gorge, épilation), un lourd tribut monétaire (maquillage, soins en tous genres, taxe rose), ce qui constitue un levier d’oppression très marqué. Mais peut-être aurons-nous l’occasion d’y revenir dans un prochain article !


Thibaut Jaillet