Le GR20 en 49 heures et 30 minutes d'efforts !

Mis à jour : 4 sept. 2018

13 000 m de dénivelé positif, plus de 200 km parcourus à pied, le tout en seulement une semaine... Bravo à Ronan pour cet authentique exploit accompli fin juin avec son frère, sur le mythique GR20 ! Entre orages sur les sommets, traileurs fous, hospitalité et émotion fraternelle, il partage avec nous son expérience sur le chemin de grande randonnée corse.



Comment est né ce projet ?


J'ai toujours aimé les challenges, notamment ceux qui nous font puiser loin dans nos ressources. C'est une façon pour moi de mieux me connaître et de me débrancher de temps en temps du monde professionnel. Le trail longue distance [plus de 65 km] et les triathlons sont donc des disciplines toutes trouvées pour moi et rien de tel qu'un GR20 pour "corser" la difficulté (haha, ok je sors...).


Mon frère a le même tempérament que moi, et nous avions déjà séparément foulé les montagnes de l'Île de Beauté pendant nos vacances, c'est donc tout naturellement que nous nous sommes dit que le GR20 était ce qu'il nous fallait.



Quels ont été votre préparation et votre entraînement ?


Ce genre d'épreuve n'est pas à prendre à la légère. Elle est très différente d'un effort unique comme un marathon ou un trail courte distance [moins de 30 km]. Les entraînements adaptés pour gravir la Corse sont les sorties longues, avec du dénivelé. L'idée est donc de pratiquer, trois ou quatre fois par semaine, du fractionné [alternance de courses rapides et lentes] en côte et sur terrains vallonés, ainsi que des sorties de 30 ou 40 km avec beaucoup de dénivelé.


En région parisienne, le dénivelé n'est pas évident à trouver mais des parcours de trail ont été dessinés notamment dans la vallée de Chevreuse, et c'est toujours plaisant de se faire quelques weekends dans nos belles régions françaises pour aller escalader quelques montagnes, histoire de prendre un bon bol d'air et dégager le stress de la semaine.



Comment faisiez-vous pratiquement pour vos repas et vos nuits ?


Nous sommes partis le plus léger possible, c'est-à-dire 8 kg eau comprise. Autant dire qu'il n'y avait pas de place pour les duvets et la nourriture. Nous dormions donc en refuge ou en gîte avec le repas inclus.


Avez-vous eu, ton frère et toi, des surprises sur le chemin ? des rencontres inattendues ?


La première surprise, c'était la neige qui était encore bien présente sur les sommets pour la fin d'un mois de juin, à tel point que la majorité des randonneurs s'équipait de crampons pour traverser certains cols...


La deuxième surprise, c'était les orages parfois violents et notamment pendant une après-midi entière avec des randonneurs en hypothermie ou bloqués dans les refuges, ne pouvant plus avancer à cause des conditions météos.


Le climat fait partie de la réussite d'une épreuve comme celle-là. Le quatrième jour a été particulièrement difficile car nous étions trempés, les températures étaient froides et le réveil à 4h du matin le lendemain, avec 50 km au programme dans des chaussures mouillées, n'est pas le plus simple mentalement et physiquement...


La troisième surprise, c'est la rencontre des Corses qui, dans notre mémoire, n'était pas un bon souvenir ; ces cinq jours nous ont permis de nous départir de cette mauvaise image. Nous avons fait la rencontre de gens vraiment gentils, accueillants et authentiques. C'est toujours un plus d'avoir un sourire et de la chaleur humaine quand on arrive en fin d'étape, épuisés par la journée.



La quatrième surprise, c'est la rencontre au milieu du parcours, de trois sportifs qui avaient décidé de réaliser le GR20 sans arrêter en 50h! C'est ce qu'on appelle avec mon frère des "Warriors", ces individus qui mettent tout le monde d'accord et qui te rendent humble par rapport à l'épreuve que tu endures et qui finalement n'est pas si remarquable... Pour la petite histoire, ils ont malheureusement dû abandonner pour cause de fatigue mais ils auront quand même parcouru 100 km en 25h !


Quels furent les moments les plus durs ? Les moments de bonheur ?


Les moments les plus durs sont ceux où le doute s'installe quant à sa capacité à poursuivre l'effort. C'est pourquoi faire cette épreuve à deux est très important car cela permet de surmonter les coups durs quand l'un des deux commence à flancher. Il faut bien avoir en tête que le GR20 c'est l’équivalent de trois petits Mont-Blanc : 13 000 mètres, à grimper, mais à dévaler également. Car si la montée est éprouvante, la descente est, elle, traumatisante pour le corps.



60 mètres, c'est la distance de plat qu'il y a sur les 180 kilomètres de sentiers et là-dedans, je ne compte pas les multiples variantes existantes, toutes aussi éprouvantes... Bref, tout ça pour dire qu'on a le temps de rencontrer de la difficulté et que même bien préparé, nous ne nous attendions pas à ça.


Les moments de bonheur sont tous les avantages des efforts effectués :

- contempler les levers de soleil magnifiques avec la nature qui s'éveille tranquillement

- profiter des vues à 360° sur les sommets les plus hauts de l'Île de Beauté

- déguster après une journée éprouvante, la bonne charcuterie corse et toutes les autres spécialités servies dans les gîtes d'étape

- déguster la Pietra (bière locale par excellence)

- rencontrer des traileurs encore plus fous que toi

- et surtout l'émotion fraternelle qui s'impose à l'arrivée, quand l'objectif est atteint.



Pourquoi un tel projet ? Et ce but a-t-il été atteint, comblé ?


Ce genre de projet, c'est comme les voyages, il faut le réaliser et le partager avec quelqu'un qu'on connait parfaitement pour pouvoir affronter tous les imprévus. Au-delà de l'intérêt sportif, c'était aussi pour nous deux, un bon moyen de se retrouver et de partager une belle histoire après plus d'un an de séparation suite à un long voyage que j'ai réalisé en 2016/2017.


L'objectif est donc plus qu'atteint et nous sommes déjà en train d'organiser le prochain.



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